Elle a érigé son hôtel au pied des pistes de ski, il y a plus de 50 ans @ Courchevel. La famille Pinturault résiste à l’assaut des grands groupes internationaux, sur la station savoyarde !!
À Courchevel, alors que les grands groupes internationaux redessinent le paysage, une famille résiste au temps et à la standardisation.
Depuis plus de cinquante ans, la Maison Pinturault construit une hôtellerie indépendante, portée par une vision transmise de génération en génération.
À Courchevel, l’hôtel de luxe Annapurna fait figure d’exception: il est aujourd’hui l’un des rares hôtels de luxe de la station dont la famille fondatrice est toujours propriétaire.
En effet, depuis un demi-siècle, la famille Pinturault développe à Courchevel une hôtellerie indépendante, oscillant entre établissement quatre et cinq étoiles, restaurant gastronomique et chalets privatifs de standing.
Les Pinturault : la transmission comme boussole
À Courchevel, le luxe s’est mondialisé.
Les grandes marques de mode remplacent peu à peu les enseignes indépendantes, les groupes internationaux investissent la station à coups de millions et les hôtels se livrent une bataille permanente d’images, de mètres carrés et d’expériences toujours plus spectaculaires.
Dans ce paysage ultra-concurrentiel, une famille continue pourtant d’avancer, fidèle à une vision forgée sur plusieurs générations: la famille Pinturault.
Derrière ce nom, devenu célèbre grâce aux exploits d’Alexis Pinturault, triple champion du monde de ski alpin, se cache une saga entrepreneuriale discrète, profondément enracinée dans la montagne, aujourd’hui réunie sous une même bannière : la Maison Pinturault.
Un groupe hôtelier familial et indépendant, qui revendique une croissance maîtrisée, une identité forte et une conception du luxe fondée sur le temps long, la transmission et l’expérience vécue.
L’histoire commence bien avant les podiums, bien avant les étoiles Michelin.
Dès 1961, Christiane et André Pinturault s’installent à Courchevel et participent aux débuts de la station en créant l’hôtel Les Sherpas, aujourd’hui dirigé par leur petite-fille Claire Salley.
Forts de cette première aventure, ils font un pari audacieux en 1974 en érigeant l’Hôtel Annapurna à Courchevel 1850.
À l’époque, la station n’a pas encore son aura internationale, et construire un hôtel à cet endroit relève autant de l’intuition que du pari.
« Mes grands-parents sont partis de rien », rappelle Sandra Pinturault. « Ma grand-mère a commencé à travailler à 16 ans. Mon grand-père venait de la classe moyenne. Ils ont dû travailler dur et emprunter énormément. »
Les emprunts, le stress, l’incertitude… ces éléments forgent l’ADN de la famille. Ils installent aussi une culture financière prudente, qui irrigue encore aujourd’hui la Maison Pinturault.
Cette mémoire familiale explique en grande partie le modèle économique actuel: pas de croissance dopée à la dette, pas de dilution du capital, et une indépendance farouchement revendiquée.
A Courchevel, l’Hôtel Annapurna occupe une place à part
Pour Sandra Pinturault, l’hôtellerie n’est ni un choix hasardeux ni tardif.
C’est un héritage organique. « Je suis née en plein hiver à Chambéry. Je n’avais que quelques jours quand je suis montée dans notre hôtel de Courchevel. Mes parents y habitaient. » L’Annapurna devient très tôt son terrain de jeu, son école, son quotidien. Les saisons rythment la vie familiale et les clients fidèles deviennent presque des proches.
« Certains clients venaient enfants avec leurs parents, et viennent maintenant avec leurs propres enfants. »
En septembre 2019, Sandra Pinturault en prend officiellement la direction. A noter que la maison-mère, Annapurna Développement, détient l’Hôtel Annapurna et reste intégralement contrôlée par la famille. « Elle appartient à mes deux frères, à mon père et à moi » poursuit Sandra. Alexis Pinturault, encore pleinement engagé dans sa carrière sportive, conserve un rôle transversal, stratégique et créatif. Comme l’explique sa soeur: « Il n’est pas dans l’opérationnel, mais son regard extérieur est extrêmement précieux. On a des visions très alignées. »
À Courchevel, l’Hôtel Annapurna occupe une place à part. D’abord par son emplacement: il est l’un des plus hauts hôtels de la station, posé directement sur le domaine skiable. Ensuite par son architecture: une structure ouverte, baignée de lumière, pensée pour capter le soleil et le paysage.
Récompensé d’une Clé Michelin, l’établissement incarne un luxe alpin à contre-courant de l’ostentation. Ici, le panorama est roi. « L’hôtel a été repensé au fil des années pour s’adapter aux évolutions des modes de vie, sans jamais perdre son âme », confie Sandra Pinturault. Les 76 chambres et suites, réparties en cinq catégories séduisent par leur atmosphère confidentielle et cocooning. Mention particulière pour la suite Everest de 145 m² avec terrasse sur les pistes et sauna privatif, affichée à 6.400 euros la nuit en haute saison.
Se réinventer chaque hiver, la stratégie de l’hôtellerie saisonnière
Dans l’hôtellerie saisonnière, le temps est compté. « Nous sommes ouverts quatre mois dans l’année. Nous n’avons pas le droit à l’erreur. Chaque intersaison devient un laboratoire stratégique: travaux, recrutement, repositionnement, anticipation des attentes clients » martèle Sandra Pinturault.
« Les hôtels sont fermés de mi-avril à mi-décembre. Cette période sert à tout préparer pour que, le jour J, tout soit parfait ».
Preuve en est, pour la saison 2025-2026, cinq suites de l’Annapurna ont ainsi été entièrement repensées: bois clair, chêne, laine, pierres naturelles, couleurs minérales, moquettes graphiques et vastes salles de bains. « Ces suites s’inscrivent dans le prolongement du relooking initié depuis ma prise de direction », explique Sandra Pinturault.
Autre pilier de la Maison Pinturault: la gastronomie. Avec cinq restaurants, le groupe s’est imposé dans le paysage local, notamment grâce à son restaurant l’Alpage, situé au cœur de l’Hôtel Annapurna. Sous la direction du chef Jean-Rémi Caillon, l’établissement décroche une étoile Michelin et trois macarons Écotable. « Une cuisine locale, vertueuse et exigeante », résume Sandra.
La salle immersive, d’une vingtaine de couverts, mêle bois d’Albertville, granit du Mont-Blanc, céramiques artisanales, herbes fraîches et univers sonore sur mesure. Si Courchevel 1850 incarne le luxe international, Courchevel Le Praz raconte une autre histoire, plus basse en altitude et plus « villageoise ». En 2022, la famille Pinturault y acquiert l’Hôtel Les Peupliers, une institution quatre étoiles fondée dans les années 1930, devenant ainsi la seconde famille propriétaire en près d’un siècle.
Actuellement dirigés par Julien Chamoux, les établissements du Praz devraient à terme voir Alexis Pinturault et sa femme Romane prendre leur gérance. En effet, le triple champion du monde de ski se projette très clairement ici pour son « après-carrière ». Une façon pour le groupe de diversifier ses activités et de proposer un panel hôtelier plus vaste et plus complet.
Les Chalets Altaï : une diversification grand luxe
Dans l’univers du luxe à la montagne, les chalets d’exception se sont imposés comme une valeur sûre. À la croisée de la résidence privée et de l’hôtellerie cinq étoiles, ils séduisent une clientèle internationale exigeante. Avec les Chalets Altaï, la Maison Pinturault explore désormais ce luxe plus intime et plus exclusif.

Au programme de cette diversification: trois chalets privatifs, nichés dans un hameau discret, offrant des équipements d’exception, du spa spectaculaire à la salle de jeux familiale, tout en bénéficiant des services hôteliers.
Nous sommes partis de tout ce que nous aimons retrouver quand on part ensemble en famille », explique Alexis Pinturault.

Autre diversification notable : L’Épicerie du Praz.
Pensée comme une adresse gourmande, imaginée en collaboration avec le chef Jean-Rémi Caillon, cette boutique, propose une sélection de produits sourcés, pour beaucoup utilisés dans les restaurants de la maison: pains artisanaux, fromages de Savoie, charcuteries, miels, vins et cafés signatures.
À cette offre s’ajoute une restauration à emporter soignée, prolongeant l’expérience Maison Pinturault hors de ses hôtels.

Dans une station dominée par les grands groupes, à l’image d’Amman ou encore du Cheval Blanc, la Maison Pinturault fait figure d’exception.
« J’aurais préféré qu’il y ait encore plus de familles comme la nôtre », confie Sandra.
« Mais financièrement, ce n’est pas toujours évident. »
Extension d’un espace soins à l’Annapurna, rénovations majeures aux Peupliers avant 2030, montée en gamme continue…
La feuille de route de la famille Pinturault est claire et l’histoire continue de s’écrire
HÖTEL ANNAPURNA
734, route de l’Altiport
73120 Courchevel
Tél.: 04.79.08.04.60
www.annapurna-courchevel.com
Crédits photos & texte : BFM Business & Juliette Weiss & Claude Béchu & Hôtel Annapurna & Famille Pinturault & D.R








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